|
| L’ostéoporose n’est pas une maladie de la vieillesse |
Entretien avec le docteur Bénédicte Haettich, rhumatologue au centre hospitalier du Mans. |
Essentiel santé : Qui est concerné par l’ostéoporose ? Dr Bénédicte Haettich : L’ostéoporose n’est pas qu’une maladie de l’âge. Certes, elle touche plus volontiers les femmes à la ménopause du fait de la carence en œstrogènes et les personnes âgées en raison du vieillissement osseux et des carences en vitamine D et en calcium. Mais cette déperdition osseuse peut survenir à tous les âges de la vie. Le risque existe chez l’enfant en cas de maladie osseuse génétique, d’arthrite chronique juvénile ou lors de prise prolongée de corticoïdes. Chez l’adolescente, l’anorexie mentale et un arrêt prolongé des règles fragilisent les os. Les principaux facteurs de risque de l’ostéoporose chez l’adulte sont une intoxication alcoolo-tabagique, la prise de corticoïde au long cours, certaines maladies (hémochromatose, polyarthrite rhumatoïde, spondylarthrite, troubles endocriniens…), un régime carencé en produits laitiers, l’absence d’activité physique, des antécédents personnels ou familiaux de fracture, un faible poids corporel et, pour les hommes, une insuffisance en testostérone.
E.S. : Comment l’ostéoporose est-elle dépistée ? Dr B. H. : Quand une ostéoporose est suspectée, il est possible de passer une ostéodensitométrie. Mais attention : cet examen qui mesure la densité osseuse ne détermine que 40 % de la solidité des os, les 60 % restants correspondant à l’architecture osseuse (nombre, épaisseur des travées, etc.). Seule une biopsie peut estimer cette valeur qualitative de l’os en attendant d’autres examens complémentaires actuellement à l’étude (IRM, tomodensitométrie quantitative). C’est pourquoi il est possible d’avoir une valeur de densité osseuse normale et être victime d’une fracture ! De plus, l’arthrose peut augmenter de manière artificielle la densité osseuse. Une radiographie est alors demandée pour exclure ce risque d’erreur. L’ostéoporose est une maladie silencieuse, qui progresse sans signe ni douleur jusqu’à la fracture (vertèbre, col du fémur, poignet). Dans l’idéal, le diagnostic devrait être posé avant cette complication. Les personnes à risque devraient consulter un rhumatologue et se voir prescrire un traitement préventif.
E.S. : Justement, existe-t-il des médicaments efficaces ? Dr B. H. : L’os est en continuel renouvellement. Certaines cellules le détruisent en permanence tandis que d’autres participent à sa formation. Les traitements agissent sur ces deux composantes. Les bisphosphonates sont des molécules douées d’une puissante action d’inhibition de la destruction osseuse. Ils ont fait la preuve de leur efficacité sur la réduction du risque de fracture vertébrale (- 50 %) et de fracture du col du fémur dès la fin de la première année de traitement. Selon le médicament, la prise est soit quotidienne, soit hebdomadaire. Une molécule à prise mensuelle devrait bientôt être disponible en France. Une forme annuelle en perfusion est à l’étude. Les SERMs, abréviation anglaise de Selective Estrogen Receptor Modulators, ralentissent aussi la perte osseuse. À ce jour, un seul SERM est disponible en France : le raloxifène. Le traitement repose sur la prise de un comprimé par jour. D’autres traitements stimulent la formation osseuse comme le ranélate de strontium ou un fragment de la parathormone. Le premier consiste en une injection sous-cutanée quotidienne et est réservé aux femmes ayant déjà présenté au moins deux fractures vertébrales. Le second est un sachet de poudre à diluer et à prendre chaque soir au coucher. Le traitement médicamenteux de l’ostéoporose, lorsqu’il est jugé nécessaire, doit être associé à un régime alimentaire riche en calcium et en vitamine D.
|

Groupe de recherche et d’informations sur les ostéoporoses (GRIO) : www.grio.org
|
| > Sources | Docteur Haettich, rhumatologue au centre hospitalier du Mans
« L’Ostéoporose en 100 questions », Institut de rhumatologie, groupe hospitalier Cochin. |
| |
|
|