On les appelle « premix » ou encore « alcopops ». Apparus sur le marché australien en 1993, ces breuvages d’un nouveau genre sont arrivés en France en 1996. À l’inverse du Canada Dry, ils ressemblent à des sodas, dont ils ont le goût, mais c’est bien de l’alcool qu’ils contiennent. En canettes ou en bouteilles de 25 ou 33 cl, ils sont faits d’un mélange d’alcool fort (rhum, whisky ou vodka) et de soda ou de jus de fruit. Très sucrés, ils se boivent facilement, même par ceux ou celles qui n’aiment pas l’alcool. Mais s’ils n’ont pas le goût de l’alcool, ils en ont les effets puisqu’ils titrent de 5 à 8°. Boire une canette de premix revient donc à boire un verre de vin ou un demi de bière.
Ça marche auprès des jeunes Cible visée par les fabricants de ces boissons aux look et saveurs « tendance » : les adolescents. Et ça marche ! Les jeunes de 17 ans plébiscitent en effet les bières à 57,1 % et les premix à 48,1 % (1), ce qui en fait les boissons les plus populaires auprès d’eux… Le vin, lui, n’arrive qu’en sixième position. À cet âge, les premix sont même la boisson préférée des filles, devant le champagne et la bière, alors qu’ils sont troisièmes au hit-parade des garçons, après la bière et les alcools forts.
> Les cas d’ivresse en hausse | Les jeunes ne boivent pas plus que leurs aînés. Mais ils boivent différemment. Si à 17 ans, la consommation régulière d’alcool est en baisse depuis 2003, les cas d’ivresse, eux, sont en hausse. C’est le binge drinking (binge = bringue en anglais). Habituel dans les pays du Nord et anglo-saxons, ce comportement surtout masculin consiste à boire beaucoup (plus de cinq verres) et vite, pour se soûler. Ces ivresses, si elles sont trop souvent répétées, risquent de conduire à la dépendance et font courir des dangers immédiats : accidents de la circulation, rapports sexuels non protégés, coma éthylique… |
Un risque d’escalade ? Leur danger tient en ce qui fait leur succès : en avalant un premix, on n’a pas l’impression de boire de l’alcool. On risque donc d’en consommer plus et de se retrouver ivre sans même s’en rendre compte. De plus, leur côté sucré en fait un produit d’appel pour les plus jeunes, les 10-14 ans, qui n’ont pas encore fait l’expérience de l’alcool et n’en apprécient pas le goût. Or, plusieurs études montrent que plus on connaît tôt l’ivresse, plus grands sont les risques de devenir dépendant à l’âge adulte. Le cerveau des adolescents, encore en développement, serait en effet plus vulnérable aux dépendances.
Des produits très taxés Alertés par certains médecins relayés par les médias, les pouvoirs publics français ont rapidement réagi pour limiter la consommation des premix en instaurant une taxe dès 1997, à défaut d’en interdire la vente. Ce qui a eu pour effet de freiner le développement d’un marché en plein essor. Suite à l’apparition de nouvelles boissons échappant à la réglementation, la taxation a été alourdie et étendue à l’ensemble des « ready to drink » (littéralement prêts à boire) en 2004. Mais, en matière d’alcool, il ne faudrait pas diaboliser certains produits pour en innocenter d’autres : n’oublions pas, comme le rappelle le Dr Michel Craplet de l’Anpaa (2), que l’initiation à l’alcool a le plus souvent lieu en famille !
(1) Enquête nationale Escapad, 2005. (2) Association nationale de prévention en alcoologie et addictologie.

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